carres.pngUn long retour à la maisoncarres.png

Tome 1 du Livre de Déraison

UreDoxa.

Alors que la voiture filait à toute allure et que le paysage autour de lui se fondait en un amalgame de formes et de couleurs floues, il ferma les yeux sur les phares déchirants la nuit, appuya à fond sur la pédale d’accélérateur en expirant lentement et partit une dernière fois dans le monde qu’il s’était créé, où rien n’avait d’importance et où il était encore heureux.

Fièvre.

Bientôt la paix, enfin, fini les voix, les doutes, les peines, les larmes, les excès, l'oubli enfin. L'oubli qui ne laisse pas la tête lourde, un gout de vomi dans la bouche et un sentiment de regret profond le lendemain. La dernière cigarette passe mal, elle rappelle la première, elle a le même gout. La première et toutes les autres, d'innombrables fois, machinalement, parties en fumées comme tant de souvenirs, bons ou douloureux, dont l'écho tente de te parvenir et que tu acceptes enfin. C'est le pas plus léger et le sourire aux lèvres que tu peux avancer vers la dernière pièce, et la chaise.

Maison-cœur.

La ville avait toujours été là, depuis sa naissance. A tel point que dans ses souvenirs, elle était presque comme un personnage à part entière, un ami avec qui l'on sort le mercredi après midi pour jeter des galets dans la rivière et chasser des insectes, bien plus tard, comme un refuge où l'on peut se perdre à s'abandonner à la faveur de la nuit. Même des années après l'avoir quittée, il la voyait souvent en rêve. Et voilà à présent qu'elle s'étendait enfin sous son regard, fidèle à ses souvenirs de gosse, elle n'avait pas changé. A l'extérieur du moins. Il était de retour à la maison.

Courant.

Les trois enfants, qui n'étaient pas encore tout à fait adultes, se firent le serment innocent que rien ne changerait plus. Cet après-midi là, le soleil du printemps éclairait joyeusement la clairière où ils avaient construit leur cabane, tout semblait possible, le temps s'était figé. Pourtant, les promesses d'enfant sont plus fragiles que la glace et le spectre du futur les guettait déjà.

Plangonophilie.

Le givre dessinait des étoiles étranges sur la vitre de l'atelier. L'homme se détourna un instant de sa table de travail pour contempler tous les visages familiers qui le fixaient, impatients d'admirer son dernier chef-d'oeuvre. Il poussa un grognement de contentement, comme s'il avait cherché leur approbation, et donna un dernier coup de pinceau. La marionnette sembla prendre vie.

Möbius, ou la disparition.

* Je crois que les textures du ciel ont planté, elle avait écrit en souriant.

Elle se sentait dans un vieux jeu vidéo, mal codé et ralenti. Le monde semblait ralenti. À la fenêtre elle observait le monde extérieur disparaître dans le brouillard de novembre, au chaud dans son appartement élevé. La brume blanche avançait presque rapidement. Elle restait là debout à contempler son avancée.

* Le ciel a disparu.